LA VIE À VIF (2006)

 

Deux moyens métrages documentaires
Durée : 2 x 52 minutes

 

Réalisation : Guy Simoneau
Recherche et scénarisation : Guy Simoneau
Directeur photo : Guy Simoneau
Son : Daniel Provencher
Montage : Danielle Gagné
Production : Pixcom
Producteur : Nicole Faucher
Télédiffuseur : Télé-Québec
Distribution : Pixcom et GRICS

 

La vie à vif se penche sur le quotidien d’adolescents en difficulté, hébergés au Centre jeunesse de Laval. Les deux films, l’un réalisé avec des garçons et l’autre avec des filles, rendent compte d’un milieu de vie que l’on connaît peu ou mal. Dans cet univers clos, tissé d’avancées et de reculs, des âmes à vif se laissent découvrir.

Tourné sur une période de plusieurs mois, La vie à vif témoigne de l’évolution de ces jeunes vivant dans des conditions instables. Colère, tristesse, désillusion et espoir habitent le cœur de ces êtres en quête d’une place au soleil.

 

Mot du réalisateur

Au Québec, les Centres jeunesse existent depuis 25 ans. Leur mandat consiste à aider les jeunes en difficulté et leurs familles, et à les réhabiliter. On compte dix-sept centres jeunesse au Québec ; plusieurs intervenants, éducateurs, travailleurs sociaux, psychologues, professeurs et conseillers cliniques, y travaillent. Environ 10 000 jeunes, de 0 à 18 ans, y sont hébergés. Les adolescents représentent environ le tiers de ces jeunes.

En tant que cinéaste, mon objectif a été, avec La vie à vif, de faire partager, de l’intérieur, ce microcosme. J’ai souhaité faire découvrir un milieu que l’on connaît peu ou mal ; faire comprendre, dans le contexte social actuel, les raisons pour lesquelles des adolescents et adolescentes se retrouvent à l’écart de la société ; témoigner de l’évolution des jeunes qui vivent ce passage ; leur donner la parole afin qu’ils puissent exprimer leurs doléances et leurs critiques.

La vie à vif se déroule au Centre jeunesse de Laval, où la presque totalité des jeunes proviennent de Montréal, à travers deux unités de vie ; L’équipage, pour les garçons, et Le 4 saisons, pour les filles). J’ai tourné un film avec les garçons et un autre avec les filles, tous âgés entre 14 et 17 ans. Ces deux films posent un regard global, humaniste et teinté d’empathie sur leur trajectoire.

Il m’a fallu au départ convaincre les responsables de l’institution, les éducateurs, les adolescents mêmes, aux prises avec différentes réalités socio-affectives — vol, consommation ou vente de drogue, appartenance ou flirt avec des gangs de rue, prostitution, fugue, décrochage, mauvais parentage —, les parents, qu’il a fallu parfois rechercher, puis le Tribunal de la jeunesse de Laval, qui, en présence des adolescents, donnera son accord. Cinq mois d’apprivoisement avec les jeunes ont précédé le tournage.  L’équipe de tournage était réduite au strict minimum : un preneur de son et moi-même à la caméra. L’exiguïté des lieux et la fragilité des protagonistes le commandaient. 

La fragilité des jeunes et leur imprévisibilité constituent la principale difficulté de filmer dans un tel milieu. Avec ce qu’ils vivent — et ce qu’ils ne vivent pas —, il faut sans cesse les réapprivoiser, tous les jours, presque à toutes les heures.  Vivre dans un milieu fermé avec un encadrement intensif comporte des irritants, et suscite des faux espoirs et des déceptions : sortie de week-end prévue et annulée tout à coup pour différentes raisons ; euphorie d’un moment de joie aussitôt éteint ; difficulté de joindre son travailleur social ; coup de téléphone d’un ami ou d’un parent qui ne se présente pas ; conflit avec un autre jeune ou avec un éducateur ; conséquences, réflexions à faire… La liste est sans fin. 

J’ai eu le privilège de tourner plusieurs situations révélant les aléas, les reculs, les échecs, mais aussi, en filigrane, les petites victoires que vivent ces jeunes.

Les deux films ne comportent aucune narration ni musique ajoutée, afin de ne pas dramatiser à l’excès ou, au contraire, affaiblir la vérité. 

Les deux parties de La vie à vif représentent ce que j’ai tourné de plus difficile et sont les films qui me sont les plus chers. D’avoir pu côtoyer de si près de jeunes dans de telles situations, qui m’ont témoigné leur confiance, qui ont vu les films achevés et qui jugent que cela exprime bien leur réalité, est précieux pour un cinéaste. Je leur en suis très reconnaissant.
Guy Simoneau