MACADAM SUD (2001-2002)

 

MACADAM SUD (2001-2002)

Série documentaire
Durée : 13 épisodes x 24 minutes

 

Réalisation : Guy Simoneau
Recherche et scénarisation : Guy Simoneau
Directeur photo : Guy Simoneau
Montage : Alain Després
Musique : Bernard Buisson et Uzeb
Chanson thème : Daniel Boucher (Aidez-moi)
Production : Vivadoc
Producteur : Jean-Patrick Lebeux
Télédiffuseur : Télé-Québec
Distribution : Vivavision

 

« La série présente un éventail émouvant d’histoires personnelles fortes. »
Paul Cauchon, Le Devoir

« Macadam sud nous montre le plus petit de l’homme mais aussi le plus grand »
« C’est un docu-soap (...) où on découvre toute une tranche d’humanité qu’on ne connaît que par bribes, sinon par clichés ou, pire, par préjugés. » 
Claude Langlois, Le Journal de Montréal

« Guy Simoneau est connu pour concocter de véritables bijoux (...)  Voici maintenant un véritable feuilleton mettant en scène des travailleurs de rue et les adolescents, adultes et familles en détresse qu’ils côtoient. »
Danielle Desbiens, Écho-Vedettes

« Sans conteste le docudrame le plus percutant et sans doute le plus saisissant jamais encore présenté chez nous. » 
Télé-Québec

 

Alain, Guylaine, Sylvain, Élise et Marie-Anne, des travailleurs de rue en prise directe avec la réalité, sont les protagonistes de cette série documentaire en 13 épisodes. Ces gars et ces filles, qui travaillent dans la banlieue sud de Montréal, représentent souvent le seul lien tangible entre des personnes vivant de réelles difficultés — pauvreté, violence, toxicomanie, décrochage, prostitution…— et les ressources existantes. 

Macadam sud raconte des histoires vraies qui font partie du quotidien de ces travailleurs humanitaires urbains.

 

Mot du réalisateur

Le projet est né lorsqu’un ami producteur, Jean-Patrick Lebeux, m’a parlé de mon long métrage documentaire, tourné il y a vingt ans, Plusieurs tombent en amour (sur la prostitution de rue), qui était, selon lui, un docu-soap avant la lettre.  En  réfléchissant à un sujet qui se prêterait à une série documentaire, je me suis rappelé un certain Claude Hardy qui avait déjà participé à un de mes autres films (Est-ce ainsi que les hommes vivent?) et qui était très proche des travailleurs de rue. J’avais déjà exprimé à Claude mon désir de filmer des travailleurs de rue, mais, à l’époque, je n’avais pas encore un point de vue très clair sur le sujet.

Grâce à Claude qui, cette fois, me présenta à des équipes de travail de rue, ma démarche s’est précisée : je voulais aborder ce sujet au sens large et le sortir des ornières dans lesquelles on l’avait enfermé (l’image stéréotypée du travailleur de rue ex-délinquant, les ruelles, les piqueries...).

À priori, la présence d’un cinéaste dans un milieu de travailleurs de rue est plus ou moins bien vue. Qui dit caméra dit télé, et dit sensationnalisme… Patience, détermination et disponibilité m’ont permis de prendre ma place, lentement et sûrement. Mais il n’existe pas de recette magique et au cours d’une recherche qui a duré quelques mois, j’ai dû passer d’une équipe de travailleurs de rue à l’autre. Enthousiastes au départ face à mon projet, les équipes se désistaient en cours de route pour différentes raisons, ce qui ne m’a pas facilité la tâche (un travailleur de rue aîné partait en année sabbatique, ce qui a provoqué chez les autres, plus jeunes, une insécurité face au tournage ; ou encore, si la moitié d’une équipe embarquait dans le projet, l’autre moitié hésitait ; enfin, certains travailleurs de rue ont été victimes de pressions par un gourou de ce type de travail qui les incitait à ne pas participer à la série).

Finalement, une équipe de travailleurs de rue de Montréal, qui croyait à la série, m’a suggéré de rejoindre l’équipe de Carrefour jeunesse Longueuil, sur la Rive-Sud, dirigée par Alain Martel, un gars formidable âgé de 40 ans. Alain est une source d’énergie sans borne. Rassurant, articulé, c’est un homme de terrain plein d’humour, avec treize ans de travail de rue derrière lui.

Dès les premières minutes, j’ai su que c’était avec lui et son équipe que je plongerais dans cette grande aventure. Une heure plus tard, je roulais avec eux dans le TROC (unité mobile d’intervention) dans les rues de Longueuil, question de prendre le pouls de leur démarche et de leur action. C’est là que j’ai rencontré pour la première fois Guylaine, une travailleuse de rue et criminologue de 23 ans, qui allait devenir, avec Alain, un des personnages pivots de la série.  

Mes objectifs en tant que cinéaste : me faire accepter dans cet univers un peu fermé, aller en profondeur dans des parcours de vie qui fusaient de partout ; déboulonner les préjugés que nous sommes tous enclins à nourrir, moi le premier ; raconter leurs histoires de la façon la plus authentique ; et enfin, faire en sorte que chaque épisode nous entraîne à un autre et assister à l’évolution des personnages. 

Mes poteaux ont été les travailleurs de rue. Ils s’appellent Alain, Guylaine, Sylvain, Élise, Marie-Anne. Sans eux, rien n’aurait été possible. Ils m’ont témoigné leur confiance et m’ont présenté aux gens qu’ils rencontraient, après les avoir eux-mêmes apprivoisés, qui décidaient à leur tour de s’engager ou non dans l’aventure du tournage. 

Jamais, tout au long du tournage, je ne me suis permis de filmer quelqu’un à son insu.  Mon approche était totalement ouverte et transparente. J’ai essuyé des refus au début de la part de participants éventuels et je me suis parfois demandé « ce que je faisais là » : des heures d’attente solitaire dans le froid et la nuit, des rendez-vous manqués, des situations délicates, voire dangereuses, qui se profilaient. Par contre, à mesure que les gens apprenaient à me connaître, ils se rapprochaient et s’offraient eux-mêmes de participer au documentaire. La règle d’or, celle que j’avais découverte en tournant Plusieurs tombent en amour  il y vingt ans, restait la même : ne jamais vouloir convaincre les gens, aller vers eux et, en même temps, les laisser venir à moi. Chacun faisant son bout de chemin. Ne jamais aussi trahir la confiance que les gens vous témoignent, sinon, avec un tournage aussi long, au milieu d’une si grande proximité quotidienne, cela nous perd. 

Parmi les travailleurs de rue, certains ont abandonné leur travail, exténués. Chez les participants, certains ont évolué et ont réussi à surmonter le poids qui les accablait, tandis que d’autres ont régressé. C’est la réalité. C’est cette réalité qui me passionne et dont j’ai voulu témoigner.

Quant au montage, il s’agit d’une étape déterminante : comment en effet rendre justice à tous ces personnages étonnants ?  Comment faire ressortir l’essentiel de toutes ces histoires vraies tout en respectant l’intégrité des gens ?  Je crois que j’ai su éviter le plus possible le piège de l’autocensure, car je sais depuis longtemps qu’il s’agit de l’ennemie jurée du réalisateur.

 

Guy Simoneau